PARCOURS DE MODÈLES, PAROLES DE FEMMES : ENTRETIEN AVEC ROUGUY & ESTHER
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"J'ai rencontré Rouguy et Esther à un vernissage. Nos échanges se sont très vite dirigés vers leur métier de mannequin (ou plutôt de modèle). J'étais curieuse d'en apprendre davantage sur leurs parcours et de découvrir, à travers leurs expériences, les coulisses d'une industrie qui nourrit toutes sortes de fantasmes. J'ai été touchée par la sincérité et la lucidité de leurs discours, qui incarnent parfaitement les valeurs des Robeuses. Il m'a donc semblé nécessaire de vous les présenter à travers cet entretien croisé."
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Rouguy, Esther, pouvez-vous vous présenter ?
ROUGUY : Rouguy faa Ndëb, désignant en sérère la petite Rouguy, car tenant mon prénom de ma grande tante Ya Rouguy.
ESTHER : Bonjour, je suis Esther, mannequin, créatrice de contenu et consultante sociale. Issue d’une famille nombreuse, j’ai grandi en Seine-Saint-Denis.
J’ai travaillé pendant plusieurs années dans le milieu de la mode défilés, shootings, showrooms et en tant que mannequin cabine pour plusieurs maisons. Toutes ces expériences m’ont permis de développer un vrai regard sur l’esthétique et la manière de construire une image.
Je suis diplômée d’un BTS MUC et d’une licence AES. J’ai commencé mon parcours dans le commerce. Par la suite, je me suis orientée vers le social en tant que consultante sociale, à la fois en indépendante et en interne. Aujourd’hui, j’interviens en tant que prestataire auprès de plusieurs grandes entreprises.
Ce parcours m’a amenée à garder les pieds sur terre, de mieux comprendre les réalités humaines et de développer une véritable sensibilité dans les échanges. Aujourd’hui, je me situe à la croisée de ces univers.
En parallèle, je suis bénévole dans plusieurs associations, notamment à La Main Ouverte, ainsi qu’au pôle social de mon église, où nous menons des maraudes et accompagnons des personnes vers l’insertion professionnelle.
Gauche : Rouguy (Revue magazine - photo by Maxime Imbert - 2021)
Droite : Esther
Vous êtes mannequin, mais on sait que le terme mannequin est un terme chapeau. Quelle facette du mannequinat incarnez-vous ?
ESTHER : Je ne me définis pas vraiment comme mannequin. Aujourd’hui, j’explore plusieurs univers, et c’est ce qui me correspond le mieux. Avec le temps, je me suis tournée vers la direction artistique et la narration visuelle. Mon parcours, entre la mode et le social, m’a appris à rester connectée à l’essentiel, au-delà de l’image, ce qui compte, c’est ce qu’on transmet.
J’ai envie de créer des projets plus personnels, plus libres, c’est une forme d’indépendance qui me ressemble.
Créer, pour moi, c’est une façon de reprendre le pouvoir.
Avec ma sœur, qui est photographe (@nessalii), on développe nos propres projets, nos shootings, nos univers et surtout proposer quelque chose qui nous ressemble vraiment.
ROUGUY : Le bon terme correspondant à notre profession est celui de Modèle ; il consiste à incarner les créations artistiques au travers de nos singularités physiques et de nos personnalités. Le terme de Mannequin est ancien, décrivant initialement le rôle d'une personne choisie par un.e designer et son atelier parce qu'elle avait les mêmes mensurations que la cliente qui avait passé commande. Ce nom de mannequin perdure aujourd'hui car il désigne les bustes (souvent en bois ou en tissu) servant aux premiers patronnages des couturiers.ères d'atelier des maisons de mode : quand il faut donner vie aux créations, et enfin voir comment tombe un vêtement, on fait appel à un.e Modèle.
Cette différence notable sera très bien décrite par ces membres des ateliers qu'on nomme à tort "les petites mains" ; il suffit de voir leur mine joyeuse lorsque leurs yeux suivent nos mouvements. Cette étape des fittings marque la fin de leur labeur et le début de l'excitante étape du défilé.
Comment avez-vous réussi à pousser les portes de ce milieu ? Avez-vous rencontré des difficultés ?
ESTHER : J’ai été repérée par Maud « model access », puis j’ai signé chez Women Management. Je suis arrivée dans un environnement très exigeant… et au début, ça n’a pas été simple. Je pense que je me sabotais un peu. Je n’allais pas toujours aux castings, j’avais des phases où je voulais tout arrêter, puis revenir. Du coup, je passais à côté de pas mal d’opportunités, et les bookers avaient parfois du mal à me suivre.
À un moment, je me suis un peu perdue. J’ai traversé une période de doute, où je ne savais plus vraiment où était ma place. On imagine souvent que le mannequinat va avec une grande confiance en soi, mais pour moi, c’était tout l’inverse. J’étais assez complexée, et ça m’a poussée à faire certaines erreurs. Dans cette période, ma foi a beaucoup compté. Elle m’a aidée à rester alignée, à ne pas me perdre complètement et à garder un minimum de confiance, même quand c’était flou.
Mon parcours n’a pas été linéaire, comme beaucoup. Il y a eu des opportunités, mais aussi pas mal de refus. Aujourd’hui, je me sens alignée, plus sûre de moi.
Moi qui manquais autrefois de confiance, j’ai compris que je pouvais tracer mon propre chemin, à ma manière.
ROUGUY : Il arrive que des petits frères ou soeurs m'écrivent en dm pour me demander comment devenir Modèle : je leur réponds souvent d'aller d'abord jusqu'au terme de leurs études, de prendre le temps de lister ce qu'ils.elles veulent, en se contruisant humainement parce que ta question en soulève une autre, plus utile, qui concerne la subjectivité de cette profession, et de la Mode plus globalement. Pour devenir Modèle (j'entends ici Modèle à titre principal), aucun diplôme n'est requis, se présenter à un agent ne suffit pas systématiquement, la beauté n'est pas une clé pour toutes les portes, et quand on est peu privilégié le rêve seul est une bien maigre pitance.
Paradoxalement, toujours à cause de cette subjectivité, un.e jeune surdiplômé.e d'école de mode, de stylisme, de photographie, de maquillage etc.. n'a pas systématiquement toutes ses chances pour réussir sa profession et en vivre au principal ; la singularité individuelle, le talent reconnu, les relations cultivées, les bonnes rencontres, sont autant de facteurs "soft skills" nécessaires pour atteindre ce Devenir.
C'est pour tout cela que je crois au "Pour devenir Modèle fais autre chose", et ce fut mon parcours (diplômée en droit privé) parce que démarrer une carrière de Modèle est un process subjectif, qui ne repose que sur des "je suis tombé sur", "j'ai été scouté dans la rue" etc..., il faut suivre le cours de sa vie, obtenir ses diplômes, s'instruire, grandir, jusqu'au jour où on se connaît assez pour toquer à la porte, ou que le destin provoque la rencontre. Aussi, sans diplôme requis, ne veut pas dire sans connaissances et compétences nécessaires (tout ignorer de son domaine d'activité, de son industrie et des forces qui la composent conduit souvent aux abus et la perpétuation des problèmes). Enfin, je dis tout ceci pour ceux qui n'ont pas eu l'opportunité d'être sponsorisé d'emblée par les plus influents de l'industrie.
"Mon parcours, entre la mode et le social, m’a appris à rester connectée à l’essentiel, au-delà de l’image, ce qui compte, c’est ce qu’on transmet." - Esther
L'industrie de la mode semble parfois déconnecté de la diversité du monde dans lequel nous vivons. Est-ce un constat que vous faites également sur le terrain ? Selon votre expérience, comment passer d'une diversité "de façade" à une inclusion réelle ?
ROUGUY : Beaucoup s'arrêtent sur la conséquence sans creuser les causes
d'abord sur la diversité des communautés : La mode est avant tout une industrie lucrative qui se concentre logiquement sur la diversité des marchés qui la consomment. Ainsi aujourd'hui, s'agisant des maisons de luxe leaders (les plus puissantes financièrement, majoritairement situées en Europe) qui servent de curseur aux médias pour mesurer le taux d'inclusion et de diversité, sachons que leurs clientèles les plus dynamiques se trouvent en Asie, aux États-Unis et en Europe (soit peu en Afrique). Beaucoup des dirigeants.es les plus influents.es de l'industrie se bornent à cette réalité économique, et considèrent à leur juste titre qu'ils.elles n'ont rien à gagner à satisfaire le monde en demande de diversité et d'inclusion. Si l'Afrique constituait aujourd'hui un marché aussi dynamique, avec des millions de millionnaires en mesure de faire des tickets de shopping en milliers de dollars, la question de l'inclusion ne serait pas posée.
ensuite sur l'absence de diversité des corps sur les Runways : c'est une question que j'ai longtemps cherché à comprendre, au même titre que les raisons de l'âgisme (cette ignorance intentionnelle à engager des Modèles adultes, mâtures qui ont pourtant des personnalités fortes et inspirantes). Pourtant, l'industrie de la mode compte plus de consommatrices₁ (femmes adultes de 25 à plus haut) que de consommateurs (à tort pour les hommes). Celles-ci dépensent plus, influencent le plus les créations, et les femmes Modèles sont mieux payées que les hommes (l'inverse en salariat), alors pourquoi ignorer l'appel à la diversité réelle, surtout des corps féminins sujettes notamment à différents stades d'évolution du fait de nos épreuves hormonales ?
Quand on suit de nouveau la logique économique de la mode, la réponse à ces interrogations n'est pas douce à entendre : techniquement, le vêtement est plus facile à raccourcir qu'à rallonger, donc la Modèle doit être grande; pour économiser sur les coûts des tissus, plus le corps est fin mieux c'est; enfin certains et certaines considèrent aussi que, pour faire rêver les consommatrices, il faut que les Modèles casté.es soient très très fin.es et jeunes, entretenant de fait l'image de la minceur standardisée qui génère les complexes féminins. Cette vision est entretenue par des obscurantistes de la beauté unique, souvent sexistes (consciemment ou non : dire qu'on s'inspire des femmes pour créer ne signifie pas qu'on crée pour celles - bien diverses- qui existent réellement ; certains créent pour un "idéal" fanstasmé, donc inexistant dans la majorité qui consomme), et la responsabilité s'étend à plusieurs niveaux.
Ceci n'est guère ma pensée, ni celle d'un bon nombre de "creatives" présentes dans cette industrie, qui y évoluent autant que moi et qui la contredisent par leur présence, leurs actions et leurs postures. Quand on se détourne des leading brands, les exemples de diversité sur runway sont nombreux dans des maisons de plus modeste envergure. La connexion à la diversité du monde vient de nous qui symbolisons d'autres marchés et d'autres modes d'influence.
Ma posture personnelle se déploie dès lors qu'on reconnaît que la Mode est un vecteur indéniable de soft power, au même titre que la Musique ou le Cinéma. Je suis à l'intersection : une femme noire de 34 ans, Modèle à titre principal sur les marchés anglais-amériain et européen. Ma présence dans l'industrie est politique (que je le veuille ou non, car je ne représente pas le coeur de cible des plus grandes maisons), et les maisons qui me sollicitent reconnaissent ma valeur, car je ne négocie pas le respect et la dignité. Cela peut en étonner en dehors de l'industrie, mais je ne suis pas tout à fait dans la catégorie du standard dominant les podiums les plus établis : j'ai un beau et large port d'épaule hérité des longs après-midi à piler le mil avec mes copines à Diourbel, un corps fort en bonne santé, et surtout une tête bien faite qui n'a jamais craint de dire non quand c'était nécessaire !
Je ne peux forcer une maison à m'inclure, ni exiger qu'elle représente la diversité du monde malgré les bienfaits que cela lui apporterait ; en revanche, je peux refuser de m'amaigrir pour alimenter les complexes féminins, je peux incarner avec dignité un modèle de femme inspirante quand une maison me sollicite, et je peux œuvrer à mon échelle à diversifier les représentations et les récits au travers de mes actions entreprenariales. Je viens ainsi de créer une agence de Beauty Talents (@4womenpartnersagency) afin de participer aux initiatives artistiques et représentatives des maisons émergeantes. Nous sommes plusieurs à fourmiller ; les petites causes produiront les grands effets.
ESTHER : Oui, totalement. La diversité est visible, mais pas toujours comprise. Être visible ne suffit pas l’inclusion réelle passe par une véritable intention.
Le racisme en backstage est une réalité, nous avons encore reçu un témoignage touchant il y a quelques jours. Avez-vous déjà été confrontées à cette violence systémique ? Aujourd'hui, avec le recul, quelles actions auriez-vous entrepris dans cette situation ?
ESTHER : Je ne l’ai pas vraiment ressentie mais peut-être, parfois de manière indirecte. Je l’ai vécu à mes débuts, notamment à travers le maquillage. Les teintes n’étaient pas adaptées, et il m’est arrivé d’avoir un teint gris à l’image, comme si ma peau n’était pas comprise ou correctement travaillée.
On se retrouve face à des professionnels expérimentés, mais pas toujours formés à toutes les carnations. Sur le moment, c’est déstabilisant. On hésite à dire quelque chose, surtout quand on débute. ce ne sont pas des détails, cela touche directement à notre image et à notre identité. Aujourd’hui, je sais qu’il est important de s’affirmer, de proposer des ajustements ou de refuser certaines situations. Se respecter, c’est aussi refuser d’être mal représentée.
On parle beaucoup de diversité, mais la question de l’âge reste encore assez peu abordée. Il y a une vraie valorisation des profils très jeunes. Alors qu’avec l’expérience, on apporte aussi quelque chose de différent, une présence, une histoire et une profondeur.
ROUGUY : De nouveau, je trouve que c'est rajouter du trauma aux traumas quand il s'agit de revenir sur ces récits ; on connaît tous et toutes ces agressions et leurs conséquences sur nos chaires. Dire les miens me prend beaucoup d'énergie et ne surprendrait personne ; je choisis ici de me concentrer d'une part sur la pédagogie de mon métier qui intéresse tant mais qui est si mal compris, et de l'autre sur les solutions à nos problématiques qui profiteraient à tous les protagonistes de l'industrie.
Ma réaction est de me défendre de suite, à la hauteur du personnage en face de moi, peu important sa position hiérarchique ; il y a un rapport de force parfois condescendant que des individus entretiennent du fait de leur position, ignorant que tous les postes se valent (sans coiffeur, maquilleur, Modèle, pas de show, tous les postes sont cruciaux). Je n'ai pas hésité à dénoncer tout abus dont j'ai été témoin, et il en va de toute autre violence, malgré le canceling qui pouvait en découler. S'il y a une chose qui ne m'a jamais quitté, c'est ma ferveur face aux abus ; la violence étant systémique à tous les niveaux du monde aujourd'hui, la seule prétention de solution est de se défendre, de défendre les victimes, de prendre position et de s'unir de manière organisée. Je nourris cette posture à mon échelle depuis le début de ma courte vie, d'où mon intransigeance à devenir une femme forte, car enfin je n'ai pas le remède contre l'insécurité de ces ignorants.es.
"Ma présence dans l'industrie est politique (que je le veuille ou non, car je ne représente pas le coeur de cible des plus grandes maisons), et les maisons qui me sollicitent reconnaissent ma valeur, car je ne négocie pas le respect et la dignité." - Rouguy
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De Lagos à Addis Abeba en passant par Dakar, la Mode africaine impose son propre récit et ses propres standards. Quel regard portez-vous sur ces initiatives ? Y avez-vous déjà pris part d'une façon ou d'une autre ?
ESTHER : Je trouve cela extrêmement puissant. C’est une manière de reprendre le contrôle et de raconter ses propres histoires sans attendre de validation. C’est une mode qui s’exprime pleinement, et cela change tout. Il y a une vraie évolution.
ROUGUY : La diversité et l'inclusion réelle viendront avant tout de l'essor social et économique de notre cher continent. Ce n'est pas un hasard qu'une grande maison française ait présenté une collection à Dakar quelques années auparavant, et que de nombreux partenariats entre les leaders de l'industrie et des creatives émergentes se structurent, tant auprès des locaux que de la diaspora. Quand on s'y intéresse en profondeur, on trouve même des challengers capables de détrôner demain les incontournables d'aujourd'hui. Je suis de près les initiatives entreprises, écoute les récits et étudie les problématiques qui font obstacle à l'épanouissement effectif de ces "creatives". Il y a celles qui arrivent enfin à réunir leur équipe d'atelier, d'autres qui déconstruisent difficilement les pratiques informelles, celles qui se structurent grâce aux forces privées, d'autres qui se battent pour que la force étatique se saisisse de ce soft power. Les volontés privées font echo, et j'y prendrai ma part en temps voulu.
À l'ère des réseaux sociaux, les magazines et les agences fleurissent partout. Êtes-vous représentées par une ou plusieurs agences ? Est-ce une chance pour l'indépendance et la diversité ou un risque pour la profession ?
ROUGUY : La diversité de représentation accroît les opportunités de travail, déconcentre la concurrence et enrichie l'expérience professionnelle des Modèles (on parle plusieurs langues, découvre d'autres équipes et manières de travailler). C'est donc souvent enrichissant pour nous, mais aussi pour les creatives locales qui peuvent ainsi solliciter différents profils, en particulier les plus en vue et/ou les plus expérimentés qui tournent souvent autour des Big Four (NY/Londres/Milan/Paris). Par exemple cette année, j'explore le marché australien.
ESTHER : Les deux. Les réseaux sociaux m’ont permis de développer mon image, d’être contactée par des directeurs de casting, de collaborer avec des agences de communication et des marques.
Je pense aussi que les réseaux ne reflètent pas toujours qui je suis vraiment. Les gens ne voient pas forcément tout ce qu’il y a derrière. Je ne suis pas juste une image, je suis une personne, avec une histoire et une sensibilité. c’est fini le “sois belle et tais-toi”.
Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent se lancer dans le mannequinat ?
ESTHER : Avant de se lancer dans le mannequinat, je dirais qu’il faut avoir un projet stable en parallèle ou un véritable bagage, car c’est un milieu éphémère. En revanche, si vous me parlez de projets, d’entrepreneuriat ou des réseaux sociaux, je dirais : osez et lancez-vous.
Aujourd’hui, avec les réseaux, on peut vite ressentir une pression pour correspondre à une image… mais ce n’est pas ça l’essentiel. Le plus important, c’est d’être libre. Si vous avez envie d’explorer plusieurs choses, faites-le. Ne vous limitez pas. Même si c’est difficile, même si vous doutez et ça arrivera, continuez quand même, sans avoir peur du regard des autres.
Aujourd’hui, tout est possible. Ce qui compte, c’est de construire votre univers, de vous affirmer et d’assumer qui vous êtes. Parce qu’au final, votre singularité, c’est votre vraie force. On n’est pas faites pour rentrer dans des cases, mais pour en créer de nouvelles.
Si j’ai un conseil à donner, ce serait de protéger votre paix intérieure. Éloignez-vous de ce qui ne vous correspond pas ou plus, de ce qui vous épuise. Si vous avez un rêve, protégez-le et si vous tombez, relevez-vous. Encore et encore.
Vous avez toutes et tous des dons dont vous n’avez pas forcément conscience.
Certaines personnes ont un parcours très scolaire, et bien sûr, le bagage académique est très important. D’autres le sont moins, mais possèdent un véritable savoir-faire qui est tout autant précieux et qui mérite tout autant d’être valorisé. L’essentiel, c’est de chercher ce qui vous rend unique. Chacun a un talent, chacun a quelque chose à offrir. Il faut prendre le temps de le découvrir…
Formez-vous, progressez, peu importe votre métier : mécanicien, pâtissier ou autres. Montrez votre talent sur les réseaux, lancez-vous dans l’entrepreneuriat, même à côté d’un emploi, sans compromettre votre sécurité. Les métiers manuels sont aussi très demandés, partagez votre savoir-faire, et vous pouvez vraiment attirer l’attention et vous faire remarquer.
J’en parle avec conviction, parce que j’ai aussi travaillé dans l’insertion professionnelle. J’ai accompagné des personnes qui ne se sentaient pas légitimes à faire autre chose, simplement parce qu’elles n’avaient pas un certain niveau scolaire. D’autres se dévalorisaient, se diminuaient dès qu’elles sortaient de leur zone de confort, au point de penser qu’elles n’étaient pas compétentes.
Pour moi, ce n’est pas acceptable. Alors je leur disais de ne se laisser impressionner par personne et de ne laisser personne les rabaisser ou les mépriser. Car personne n’est au-dessus d’elles ni plus intelligent qu’elles. Ce que je voulais leur transmettre, c’est qu’elles avaient toute leur place, qu’elles avaient de la valeur et que leurs compétences méritaient d’être reconnues.
C’est un engagement qui me tient profondément à cœur. j’aime pouvoir aider simplement sans jugement.
La communauté des Robeuses cultive la fierté de nos racines et l'éclat de nos identités plurielles. Quel message aimeriez-vous laisser à nos lectrices/lecteurs ?
ROUGUY : Continuons à nous cultiver, afin de mieux affirmer qui nous sommes pour nous et parmi nos semblables. À l'instar d'une "drianké" qui n'a plus rien à prouver dans sa maison, n'ayons pas peur de mûrir, d'avancer dans le temps, fortes et ancrées ; c'est là que se trouve la personnalité qui captive le look !
ESTHER : Parler de son parcours et de soi, ça libère. Là, j’ai vraiment l’impression de m’être confiée, d’avoir parlé à cœur ouvert, et c’est important pour moi. Je pense que c’est un bon exercice, car ça peut toucher des personnes, même sans que vous le sachiez. C’est aussi pour ça que je me confie.
Aujourd’hui, j’ai envie de montrer qu’il y a plus que ce que l’on voit. Les réseaux sociaux, ce n’est pas la réalité.
Les photos que vous voyez sont travaillées, maquillage, lumière, lieux, il y a également beaucoup de partenariats et de collaborations… Donc Il ne faut pas se comparer aux créatrices de contenu. Même avec peu d’abonnés, l’important c’est d’aimer ce que vous faites, le reste n’a pas d’importance.
J’aimerais aussi mettre en lumière certaines pages que je suis avec beaucoup d’intérêt, et que j’apprécie particulièrement, car elles portent une vision forte, révèlent les talents, ouvrent le champ des possibles et font évoluer les représentations.
Parmi elles,
Les Déterminés @lesdetermines accompagnent les habitants des Quartiers Prioritaires de la Ville et des milieux ruraux vers la création d'entreprise et le retour à l'emploi grâce à des programmes de formations gratuits, fondée par Moussa Camara,
Banlieue Chic @banlieuechic.paris, première association française qui œuvre à rendre les métiers du luxe accessibles aux personnes faisant face à des freins, fondée par Siham Jlila, consultante luxe et professeure, que j’ai eu le plaisir de rencontrer lors d’un événement chez Chanel,
ainsi que La Fabrique Nomade @lafabnomade, fondée par Inès Mesmar, qui œuvre à valoriser les talents et à favoriser l’insertion professionnelle des artisans d’art migrants et réfugiés en France, au sein de laquelle j’ai eu l’opportunité de les accompagner pendant 6 mois.
Merci au magazine Les Robeuses. Au début, j’étais un peu réticente, car je parle très peu de moi sur les réseaux. On me perçoit souvent comme quelqu’un de réservé, parfois même un peu froide ou fermée… alors que pas du tout. Je suis plutôt cool, j’ai juste besoin de temps. J’aime bien charrier, j’ai un humour un peu piquant… mais il faut parfois gratter un peu pour faire tomber la carapace.
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Merci infiniment à Esther @esther_dak et Rouguy @roogwy d'avoir répondu à cette interview avec autant de sincérité.
Les Robeuses
₁ Les femmes représentent 70 à 80% des décisions d’achat globales (tous secteurs confondus) / https://financebuzz.com/male-vs-female-spending-statistics?utm_source=chatgpt.com
Le marché du womenswear est ~1,5× plus grand que celui des hommes: https://rawshot.ai/statistic/fashion-industry-gender?utm_source=chatgpt.com
jusqu’à 80% des femmes ont acheté des vêtements sur l’année vs 53% des hommes : https://www.freedoniagroup.com/blog/how-do-men-women-shop-for-clothes-differently?utm_source=chatgpt.com































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