DERRIÈRE LE MASQUE : LA NOUVELLE VIE D'UN SYMBOLE AFRICAIN
- il y a 9 heures
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Il y a quelques jours s’est tenu le Festival des masques de Porto-Novo, un rendez-vous qui met en lumière la richesse des traditions béninoises et la force symbolique des masques dans les cultures africaines. À travers des performances, des rites et des créations artistiques, les masques rappellent leur rôle essentiel dans la transmission des histoires, des croyances et des identités.
Lorsque l’on pense aux masques africains, on pense souvent aux pièces conservées dans les musées du monde entier, aux objets de décoration que l'on a tous eu dans nos maisons, ou à ceux utilisés lors de cérémonies traditionnelles. Aujourd'hui, leur influence va bien au-delà. Depuis plusieurs années, ils apparaissent dans les collections, les campagnes de mode et les univers de créateurs africains, où ils sont réinterprétés avec un regard contemporain.
Outre leurs dimensions culturelles et métaphysiques, les masques deviennent des sources d’inspiration voire des signatures visuelles. Leur réinterprétation ne cherche pas à effacer leur histoire, mais au contraire à créer un dialogue entre le passé et le présent, entre héritage et création contemporaine. De Loza Maléombho, qui en a fait un élément central de son univers, à Keur-Amy Langseth et son interprétation du Kota du Gabon, en passant par l’artiste Le Jardin Jollof, plusieurs créateurs montrent aujourd’hui que les traditions peuvent continuer à évoluer et à inspirer de nouveaux récits.
DE PATRIMOINE À OBJET DE LUXE
"Le masque est avant tout un objet construit par les humains qui l’investissent de pouvoir entre le caché et le non caché, entre l’intérieur et l’extérieur, entre le sacré et le profane. [...] Il est une représentation, donc une expression ; il a une valeur existentielle donc une vie propre ; il exerce un pouvoir sur le public, donc la potentialité de dégager une puissance métaphysique." - Source 1

Aujourd'hui, les masques trouvent une nouvelle place, dans l’univers de la création contemporaine. Les designers ne cherchent pas forcément à les reproduire, mais s'inspirent de leur symbole pour créer de nouveaux langages visuels.
C’est notamment le cas de Loza Maléombho, qui a fait du masque l’un des éléments fondateurs de son identité de marque. Présent dans son logo, il est devenu une signature visuelle, un symbole qui accompagne ses créations, célèbrant son héritage culturel ivoirien, en l’inscrivant dans une esthétique contemporaine.
Cette réinterprétation passe aussi par le design. Avec ses chaussures sculpturales, la marque Omôl revisite les formes des masques africains en les intégrant directement à l’architecture du talon. Plus qu'un simple clin d'œil esthétique, ces créations transforment un symbole ancestral en un objet de mode audacieux, où artisanat, sculpture et savoir-faire dialoguent avec les codes du luxe.
Dans une autre approche, Keur-Amy Langseth réinterprète le Kota, statue originaire du Gabon, en l’intégrant directement à ses pièces de maroquinerie. Transformé en fermoir sculptural sur ses sacs, le Kota quitte son rôle d’objet rituel pour devenir un détail précieux, à la croisée de l’art, du design et du luxe. À travers cette démarche, la créatrice ne réduit pas le symbole à un simple élément décoratif : elle propose une nouvelle manière de porter et de raconter cet héritage.
Gauche : Omôl - Droite : Loza Maléombho
"Je souhaitais créer une maison de luxe ancrée dans le patrimoine et la signification. Mon ambition est de bâtir une marque intemporelle qui fasse le lien entre l'art africain et le savoir-faire contemporain sur la scène internationale." - Amy Langseth pour Les Robeuses
LE MASQUE COMME LANGAGE ARTISTIQUE
Si le masque inspire aujourd'hui les créateurs de mode, c'est aussi parce qu'il est bien plus qu'un objet. Derrière chaque visage sculpté se cachent des récits, des croyances et des symboles qui continuent d'alimenter l'imaginaire de nombreux artistes contemporains. Dans de nombreuses traditions africaines, le masque a une symbolique forte : il se situe à la frontière entre le visible et l’invisible, entre ce qui est montré et ce qui demeure caché.

En s’emparant du masque, les artistes ne cherchent pas uniquement à reprendre une esthétique, ils explorent également des questions sur l’identité, la mémoire, la transmission ou encore le rapport entre l’humain et le spirituel. L'artiste sénégalais Le Jardin Jolof en a fait l'un des fils conducteurs de son œuvre. À travers des compositions mêlant photographie, végétation, objets du quotidien et masques traditionnels, il crée des images où le patrimoine dialogue avec le présent. Ses créations donnent aux masques une nouvelle présence : ils deviennent des personnages à part entière, porteurs d’histoires et d’une mémoire qui traverse les générations.
C'est cette même idée que l'on retrouvait dans la collection couture "Imandwa" de Moshions. La marque rwandaise mettait en scène des silhouettes contemporaines portant des masques, créant des images de mode proches de l'art et de la performance. Ici, le masque n’est pas un simple accessoire : il intrigue et brouille les repères liés à l'identité et au genre, laissant les vêtements s'exprimer au-delà des catégories.

"Les masques africains sont bien plus que de simples décorations ; ce sont des symboles de nos récits, de nos croyances et de notre histoire. [...] Je porte le masque comme une forme d'expression artistique, mais aussi parce que je souhaite préserver l'anonymat de mon identité." - Le Jardin Jolof pour Guzangs
LE MASQUE, UN MANIFESTE IDENTITAIRE ?
Le masque dissimule, il brouille les pistes de l'identité. Et pourtant, pour de nombreux créateurs africains et afro-descendants, il s'agit, au-delà d'une source d'inspiration graphique, de réclamer une identité, un héritage dans lequel ils ont grandi. Réinterpréter les formes et les symboles, c'est rendre hommage aux récits entourant ces objets qui nourrissent leur imaginaire.
Si Loza Maléombho, Omôl, Keur-Amy Langseth, Le Jardin Jollof ou Moshions proposent chacun leur propre inteprétation du masque, d'autres choisissent de l'explorer à travers le bijou. Des marques comme Kaema, Aso Global ou encore Symbols of Authority s'inspirent elles aussi des formes, des matières et des symboles des arts africains pour donner naissance à des pièces originales célébrant leurs héritages respectifs. Ces créations montrent que le patrimoine africain reste une source d'innovation, capable de dialoguer avec le luxe, le design et la mode d'aujourd'hui.
Gauche : Kaema - Milieu : Aso Global - Droite : Symbols of Authority
Finalement, le masque n'a jamais cessé d'évoluer. D'objet rituel à objet d'art ou de mode, il continue de traverser les époques sans perdre sa capacité à raconter des histoires. Et c'est peut-être là sa plus grande force : rester profondément ancré dans son héritage tout en inspirant de nouvelles formes de création.
Plus qu'un héritage à préserver, le masque est un héritage à faire vivre.
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Couleurs pop et héritage masqué avec cette veste ajustée aux manches volumineuses.
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Un pendentif qui représente une personnalité forte, à l'image de celle ou celui qui le porte.
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Ce sac intemporel est orné sur le devant du logo monogramme Kota, représentant une statue ancestrale africaine.
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Cette paire de boucle d'oreilles, mêlant symboles traditionnels et interprétation moderne de thèmes historiques, invite à découvrir la culture du royaume du Bénin, ici le masque de la reine Idia.
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Avec son talon sculptural en forme de masque, l'escarpin Totem attire tous les regards ; une véritable œuvre d'art.
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Le masque Bwa est un masque traditionnel utilisé par le peuple Bobo, originaire du Burkina Faso.
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Les Robeuses
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Sources :
1. Les masques africains : Des patrimoines identitaires dans la diversité culturelle. Entre espaces profane et sacré au Bénin - Tchénando Patrick NOUKPO
2. Jardin Jollof: A Modern Ode to African Heritage by Oury Sene













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