LES DIASPORAS AFRICAINES SIGNENT UNE NOUVELLE VISION DE LA MAROQUINERIE

De Paris à New York, de Bruxelles à Casablanca, une génération de créatrices et créateurs issus des diasporas africaines imagine aujourd’hui des sacs nourris par plusieurs cultures, plusieurs territoires et plusieurs façons de regarder le design.
Leurs maisons ne cherchent pas nécessairement à reproduire un héritage. Elles l'interprètent, le transforment et l’intègrent à une vision contemporaine de la maroquinerie. Voici six maisons à découvrir.
KEUR-AMY LANGSETH : HÉRITAGE GAMBIEN, KOTA GABONAIS ET DESIGN CONTEMPORAIN
Fondée en 2023 par Mariama Amy Langseth, Keur-Amy Langseth est une maison d’accessoires née de la rencontre entre les héritages gambien et norvégien de sa fondatrice et son parcours dans la mode. Une double culture qui se retrouve directement dans ses collections, pensées comme un pont entre art ancestral et création contemporaine.
La maroquinerie occupe une place centrale dans cet univers. Les sacs Jarra, IDA et IDA X associent des lignes contemporaines à des références issues de l’art africain, notamment à travers le motif du Kota, figure ancestrale originaire du Gabon qui est devenue l’un des signes distinctifs de la maison. Les modèles sont fabriqués en Europe, notamment au Portugal et en Italie, à partir de cuir de vache tanné sans chrome.
Avec travers sa maroquinerie, Keur-Amy Langseth propose ainsi une maroquinerie où l’objet devient aussi un support de transmission.
KOSSA : PARIS, L'ITALIE, LE CONGO ET LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
Chez Kossa, la notion de transmission est inscrite dans l’ADN de la maison. Fondée à Paris par Brenda, originaire de République centrafricaine, la marque revendique un dialogue entre plusieurs héritages africains, la création parisienne et le savoir-faire italien.
Ses sacs sont imaginés à Paris puis fabriqués à la main dans un atelier familial italien, qui possède près de cinquante ans d’expérience dans la maroquinerie. KOSSA privilégie les petites séries et des cuirs sélectionnés auprès de tanneries italiennes.
Parmi les modèles qui incarnent cette approche, Atho se distingue par ses lignes sculpturales et son cuir de veau italien, tandis que Nubia joue sur une silhouette plus douce et symbolise une nouvelle étape dans la vie de celle qui le porte. La collection Lady Koss, elle, travaille davantage la structure et la posture.
Chez Kossa, le sac est donc à la fois objet de design et objet de transmission : une pièce pensée pour être portée aujourd’hui, mais aussi pour traverser le temps.
YEBA : L'HISTOIRE D'UN HÉRITAGE AU FÉMININ
Née au Bénin, Yeba Olayé a créé Yeba en 2015 après une première carrière dans le conseil et la finance. C'est son parcours entre plusieurs cultures qui nourrit directement sa marque, qui mêle son héritage africain à une approche très contemporaine du design.
Les sacs Yeba sont fabriqués en Italie par des artisans spécialisés dans la maroquinerie. Leurs formes s’inspirent notamment de l’architecture contemporaine : courbes, lignes et volumes donnent aux modèles de la présence, tandis que le cuir reste le cœur de la proposition.
Mais l’identité de Yeba ne se résume pas à ses silhouettes. Le nom lui-même porte une histoire familiale et symbolique, héritée d’une lignée de femmes. La maison transforme ainsi une histoire personnelle et culturelle en objets contemporains et désirables.
ISLI STUDIO : LE MADE IN CASABLANCA
Quand la double culture s'inscrit dans le processus de création... Fondée en 2019 par la créatrice franco-marocaine Karima Bidar, Isli Studio se développe entre Paris et Casablanca, deux villes qui participent chacune à son identité.
Les sacs sont dessinés entre les deux villes puis fabriqués à la main à Casablanca, en très petites séries, aux côtés d’un maître maroquinier. Isli travaille exclusivement avec des cuirs issus de stocks dormants, donnant une seconde vie à des matières déjà existantes.
La collection Toubkal puise dans l’imaginaire de l’Atlas et dans la culture amazigh. Couleurs franches, volumes graphiques et détails minimalistes donnent aux sacs une personnalité très reconnaissable.
Isli illustre parfaitement cette manière de créer depuis plusieurs endroits à la fois : un pied à Paris, un autre à Casablanca, et un héritage qui devient matière à réinterprétation plutôt qu’un simple décor.
MAISON MOTEMA : L'ARTISANAT AFRICAIN AU COEUR DU LUXE
Avec Maison Motema, la maroquinerie devient une histoire de circulation. La maison, fondée par Verlaine-Diane Soobroydoo, se construit entre New York, Paris et Dakar. Sa fondatrice revendique haut et fort ses racines africaines et place l’artisanat au cœur de son approche du luxe.
Les sacs sont imaginés à New York puis fabriqués à la main à Dakar, en petites séries. La maison travaille notamment le cuir de qualité supérieure et développe également des éléments en bronze pour ses pièces.
Les modèles comme Maam, Nola ou Lexi proposent une esthétique volontairement intemporelle, alors que les collections Le Croisé et The Cayor mêle luxe et décontraction. Maison Motema propose également un service de création sur mesure, permettant de personnaliser proportions, cuir, détails et organisation intérieure du sac.
Chez Maison Motema, le lien avec le continent ne passe donc pas seulement par l’inspiration : il se retrouve directement dans la fabrication et dans la relation avec les artisans de Dakar.
FLORE K. : MAROQUINERIE ET SPIRITUALITÉ AFRICAINE
Basée à New York, Flore K. développe une maroquinerie particulièrement reconnaissable autour des coquillages et des cauris. L’histoire de sa fondatrice commence au Cameroun, où elle découvre la dimension culturelle et spirituelle des cauris, traditionnellement associés à la protection, à la prospérité et à la féminité.
Cette histoire devient alors le langage esthétique de le marque. Les sacs en cuir et en paille de Flore K. intègrent les coquillages dans ses compositions, avec une approche qui mêle références africaines et élégance contemporaine.
La marque travaille par ailleurs avec des artisans au Cameroun, au Kenya et dans d’autres pays africains pour certaines de ses pièces. Une manière de faire circuler les savoir-faire tout en inscrivant la création dans un univers international, de Yaoundé à New York.
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S'il y a une chose que ces maisons ont en commun, c’est la liberté de ne pas choisir entre leurs différentes influences. La maroquinerie devient alors un terrain où l’héritage africain peut cohabiter avec les expériences européennes ou américaines, sans avoir à se conformer à une seule définition de l’identité.
Et c’est là que se dessine une nouvelle génération de maisons : dans la capacité à transformer un héritage en une signature.
Les Robeuses



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